Swiss Engineering Section Genève
Nous proposons trimestriellement un bulletin technique qui traite de divers sujets liés aux enjeux sociétaux comme la transition énergétique, le bâtiment, l'urbanisme, la technologie en général.
Nous vous proposons le premier bulletin de juillet 2026 ci-dessous.
Parc résidentiel suisse et décarbonation
Mercredi 15 juillet 2026
58 % des bâtiments résidentiels en Suisse sont encore chauffés par des combustibles fossiles (mazout et gaz). en 2025.
La consommation finale d’énergie des ménages se maintient. Les assainissements énergétiques ralentissent. Les disparités cantonales persistent. À moins de 25 ans de l’échéance du zéro émission nette, les signaux interrogent.
01 — Consommation finale
Par rapport à l’année précédente, en 2025, la consommation finale d'énergie en Suisse a progressé de 0,2 % pour atteindre 777 870 TJ. Les ménages en représentent 27,5 %, soit le deuxième poste derrière le transport. La hausse s'explique par des températures légèrement plus froides, une croissance démographique soutenue (+0,8 %) et un parc de logements en expansion. Le chauffage des locaux constitue la part dominante de cette consommation des ménages.Si certains signaux sont encourageants — la production de chaleur via pompes à chaleur a progressé de +6,7 %, la chaleur à distance de +9,2 % — la consommation de mazout ne recule que de 4,1 %. Un recul insuffisant au regard de l'ampleur de la tâche.
02 — Quelle part renouvelable parmi ces vecteurs énergétiques ?
Le mazout et le gaz sont d'origine fossile à quasi 100%. L'électricité est renouvelable à plus de 80% grâce au mix hydraulique suisse. Le bois est considéré comme renouvelable sous condition de gestion forestière durable. La chaleur à distance présente un profil mixte, avec une fraction renouvelable estimée à environ 40%. Par ailleurs, le solaire et l'éolien s'affirment comme des sources complémentaires efficaces puisque ces énergies sont, par définition, inépuisables et ne dépendent d'aucun combustible*. On constate donc que le chauffage des habitations représente une part prépondérante de la consommation finale d'énergie des ménages. Or, comme moins de 50% de cette consommation est actuellement d'origine renouvelable, il existe une marge de progression considérable pour les années futures afin de décarboner ce secteur. La décarbonation des sources d'énergie pour le chauffage résidentiel grâce à l’assainissement énergétique est donc un levier majeur et stratégique pour atteindre l'objectif du plan climat 2050.*La production est décarbonée mais pas leur fabrication
Titre du graphique:
Part du chauffage résidentiel durable DANS LES BÂTIMENTS à USAGE D’HABITATION, par canton en 2024
Une transition énergétique résidentielle à plusieurs vitesses
Le graphique ci-contre construit avec les données de l’OFS met en évidence une hétérogénéité marquée entre cantons dans l'avancement de la transition énergétique résidentielle, avec un écart de 35 points entre le canton le mieux classé et le dernier de la liste — signe que la décarbonation du chauffage reste largement conditionnée par des facteurs structurels et géographiques plutôt que par la seule volonté politique.
Les cantons alpins et ruraux en tête
Obwald mène le classement avec près de 61 % de chauffage résidentiel durable, suivi d'Uri et d'Appenzell Rhodes-Intérieures autour de 59 %. Ces cantons à dominante rurale et périurbaine bénéficient de conditions structurelles particulièrement favorables : un bâti pavillonnaire avec de l'espace disponible en extérieur (essentiel pour l'implantation de pompes à chaleur air-eau ou de forages géothermiques), un accès facilité aux nappes phréatiques, et une tradition bien ancrée de recours au bois-énergie, ressource locale abondante dans ces territoires forestiers. La pompe à chaleur y constitue d'ailleurs la part la plus importante du mix, ce qui traduit un renouvellement significatif du parc de chauffage ces dernières années.
Un retard structurel dans les cantons romands urbains
À l'opposé, les cantons romands ferment la marche : Vaud (28 %), Neuchâtel (27 %) et Genève (26 %) — soit un niveau environ deux fois inférieur à la moyenne suisse (~41 %). Ce retard ne relève pas d'un manque d'ambition climatique, mais s'explique avant tout par la densité urbaine et la morphologie du bâti. Dans les quartiers anciens des centres-villes — immeubles mitoyens, absence d'espace extérieur, sous-sols contraints — l'installation de pompes à chaleur individuelles se heurte à des obstacles techniques importants, voire à une impossibilité pure et simple : manque de place pour les unités extérieures, nuisances sonores en milieu dense, ou encore incompatibilité avec la protection du patrimoine bâti pour certains immeubles classés.
Le chauffage à distance : un levier différent et nécessaire
Cette contrainte géographique et urbanistique invite à ne pas mesurer la performance climatique des cantons urbains à la seule aune du taux de pénétration des pompes à chaleur. Dans les agglomérations denses, le chauffage à distance (CAD) constitue une réponse structurellement mieux adaptée : il permet de mutualiser une source de chaleur décarbonée (rejets industriels, usines d'incinération, géothermie profonde, bois) à l'échelle d'un quartier entier, sans nécessiter d'équipement individuel par bâtiment. Pour les cantons romands, et Genève en particulier, le CAD constitue ainsi un levier décisif — complémentaire à la pompe à chaleur plutôt que concurrent — pour combler l'écart et atteindre l'objectif de zéro émission nette. La lecture du graphique invite donc moins à opposer les cantons entre eux qu'à adapter la stratégie de décarbonation à la typologie du bâti de chaque territoire.
03 — Les vecteurs de substitution : état des lieux
La pompe à chaleur reste une des solutions phares de la transition, mais son recul commercial en 2025 pour la deuxième année consécutive invite à élargir le regard.
Dans les centres urbains denses, où le bâti ancien rend son installation techniquement difficile voire impossible, d'autres vecteurs devront prendre le relais. Le chauffage à distance (CAD) s'impose comme un levier décisif pour ces contextes. Pour les zones périurbaines et rurales, le bois, la biomasse et le biogaz offrent des voies de transition intéressantes, compatibles avec les infrastructures existantes. À plus long terme, la géothermie profonde représente un potentiel considérable encore sous-exploité en Suisse. L'hydrogène vert, en revanche, reste pour l'heure davantage pertinent pour l'industrie lourde que pour le résidentiel : les contraintes de rendement et d'infrastructure le placent hors de portée avant une décennie au moins. Ce qui se dessine, c'est une transition nécessairement plurielle — chaque contexte bâti appelant sa propre solution.
04 — Conclusion
Il n'existe pas de solution unique à la décarbonation du parc résidentiel suisse. Pompes à chaleur, chauffage à distance, bois-énergie, géothermie : chaque contexte bâti appelle sa propre réponse. Ce que révèlent les disparités cantonales, c'est que la transition énergétique est avant tout locale. L'ingénieur et l'architecte, au cœur des arbitrages techniques, sont des acteurs incontournables — mais leur action ne peut porter ses fruits sans un cadre réglementaire et financier que seuls les décideurs nationaux et cantonaux sont en mesure de définir et d'activer.
Sources:
(1) OFEN Statistique globale Suisse de l’énergie 2025
(2) UBS Real Estate Focus 2026
(3) OFS Initiative Swiss Engineering – GE , bulletin de juillet 2026
Auteur : Melih Kocabas - comité de relecture : Swiss Engineering Genève
Diffusé trimestriellement sur des sujets variés.
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